Art Brussels 2008

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Art Bruxelles 2008,
une foire dépoussiérée et une sélection en béton

 

Quelques jours après Art Paris, Art Bruxelles 2008 nous réconcilie avec l’art et ses marchands. Ici pas de diktat esthétique pour les besoins d’une certaine clientèle x ou y, c’est très clairement l’exigence de l’œil qui prédominait. Art Bruxelles est la preuve que l’on peut être généraliste et singulier.

Une sélection bétonnée

Cette exigence trouve probablement son origine dans la composition des comités de sélection. La sélection n’est pas le fait d’un commissaire général mais de deux comités : l’ « International selection comitte » composé de neuf galeries dont seulement deux belges et le « collectors committee » composé de neuf collectionneurs. On imagine sans mal la montagne de dossiers examinés, les discussions passionnées qui ont dû être nécessaires pour arbitrer mais ici, à part égale, les deux maillons du marché se sont unis pour le meilleur

Une disposition des stands astucieuse

S’ils sont essentiels les choix ne font cependant pas tout. La scénographie compte aussi. Cette année le salon a été déplacé dans d’autres pavillons. Ils étaient moins solennels, plus bas de plafond, plus éclairé aussi par la lumière du jour, plus joyeux en somme. Ensuite la disposition des galeries était intelligente. Les petites jeunes appelées « young talent » et les petites nouvelles « first call » disposées aux bords des deux halls entouraient les galeries plus établies créant ainsi une dynamique où les unes et les autres s’échangeaient calme et énergie. Dans cette mixité organisée des galeries émergentes/établies, Art Bruxelles est meilleur Art Basel, parfois confus…

La collection d’entreprise encouragée

Daniel Buren, collection Daimler
Pour la première fois aussi me semble-t-il les sponsors sont complètement intégrés dans le parcours bruxellois en montrant leur propre collection d’entreprise. Excellente incitation pour montrer enfin sans complexe aux entreprises qu’elles peuvent être de vrais mécènes. ING avait choisi de montrer Matali Crasset et c’était l’occasion de voir un superbe Daniel Buren dans la collection Daimler
ING montre Matali Crasset

 

Je ne pouvais que commencer ce tour des galeries par ce clin d’œil de Claude Closky avec un plan de la « Fiac 2006 » sur lequel est tracé un trait indiquant le parcours suivi par le visiteur qui commence bien sûr par l’entrée, passe consciencieusement dans toutes les travées et va inéluctablement vers la sortie. Sorte de constat visuel sur l’aspect somme toute dérisoire de ce marché de l’art.

C’est évidemment hilarant pour moi, car cela fait écho, à l’application rigoureuse de mes propres déambulations dans les Salons que je parcours pour vous, cher lecteur… d’ailleurs si l’un d’entre vous veut me l’offrir, j’adorerais….c’est chez Laurent Godin

Un clin d’oeil amusant aux collectionneurs avec ce travail de Mich Moens chez Almine Rech qui propose une accumulation de toiles qui n’en forment plus qu’une.
Encore un cadeau mais non là c’est trop ! merci !!

On pouvait aussi voir cette pièce intrigante de Tatiana Trouvé, assez ramassée où l’on retrouve la même inexplicable force que dans son rocher avec cadenas
Autre coup de cœur, celui du galeriste le plus déjanté, un New Yorkais Fruit and Flower Deli qui proposait entre autres ce miroir peint avec bougie (allumée) d’une peintre suédoise qui vit à NY, Ylva Ogland.
On pouvait retrouver l’artiste dans une version de l’origine du monde dépouillée de la notion de maternité/reproduction qui sous tend la version de Courbet. Assez cru mais assez intéressant finalement, c’est l’origine du monde version féministe ! voir ci dessous

 

 

 

 

 

Focus sur les propositions murales

Très belle découverte avec cet artiste péruvien -ci-dessous- Jota Castro, qui montrait des matelas enserrés dans des fils de fer barbelés et posés frontalement. Une sensation très forte et violente se dégageait de là. Le catalogue confirmait un travail très poussé de cet artiste. C’était à voir chez Massimo Minini, qui proposait aussi le travail assez radical de Jan de Cock

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Intéressant.

Les panneaux de la danoise Kirstine Roepstorff, mélange de collages, de brillances de satinés, de mats pour une version baroque de son aîné, Anselm Reyle.

 

 

 

 

 

Exposition des dernières productions de Michel Huelin : des photos hyper composées et une video -ci-contre- qui décompose/recompose les gestes que l’on retrouve en images

Ci-contre, il s’agit d’un panneau fait d’objets en plastique à la manière industrielle. Très bel effet d’ombres lumière etc..de Carla Mattii

La toile, ce champ de tous les possibles…

Une proposition sur l’inachevé :
Jan Wertrup traduit magnifiquement la lassitude du personnage accentuée par cette page blanche qu’il nous -spectateur- reste à finir et lassitude du peintre avec un épuisement du geste qui peut traduire un “-à quoi bon continuer”

Hans Broek est très intéressant pour l’urgence qu’il montre sur ses toiles ; le geste est rapide, la couleur à peine posée avec un jus léger pour indiquer une masse, une forme ou une intention colorée puis il passe à un autre endroit de la toile, vite très vite.
Erwin Bobatsch montre une pleine maturité avec cette somptueuse toile

 

 

 

 

Timothy Tompkins, lui, revisite la technique via son ordinateur à partir de toiles célèbres. La recherche est amusante et permet de constater que, en peinture, chaque sujet doit trouver sa propre technique pour exprimer le plus complètement l’intention de l’artiste. Ici, un sujet emprunté et adapté avec une autre technique fait un flop, effet déco assuré.

Martin Mull quant à lui travaille le sujet de sa toile en juxtaposant
Très beau geste de cette peintre danoise Mie Olise Kjaergaard. Avec une grande force la peinture est jetée sur des sujets statiques comme ces maisons de village.
Avec Nicolas Chardon, les droites ne sont jamais droites, et pourtant… il suit les lignes.. inénarrable. On retrouve un peu l’esprit Morellet, cet homme s’amuse sans fin
Une superbe et immense composition dessinée de Marko Velk
Julian Opie continue le dépouillement de sa forme culte, très impressionnant. Mais pour être impressionné il faut avoir la rétrospective des ses oeuvres en mémoire. C’est la mémoire qui fait le travail en fait.

Excellent salon qui mêle pragmatisme, avec des supports “achetables”qui peuvent intégrer n’importe quel appartement, et audace, par les choix de galeries nouvelles assez singulières qui manquaient au paysage européen.

Béatrice Chassepot, Paris le 19 avril 2008

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