Les laboratoires de l’Est parisien

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L’Est de Paris peut s’enorgueillir des quelques lieux d’art qui jalonnent le 20ème et le 19ème, il possède là le bassin de recherche de la pensée et de la création contemporaine. Nos neurones y sont intelligemment sollicités et cela fait un bien fou. Paris

 

La CosmicGalerie est un magnifique lieu, haut clair et vaste -volume qui permet tous les possibles- et à côté une petite pièce plus intimiste. Pour un dernier jour nous pouvons explorer les installations du jeune britannique James Hopkins “Wasted Youth” –du nom de la pièce principale- Avec douceur et une extrême gentillesse la jeune directrice, Claudia Cargnel nous emmène dans son univers avec un propos empli de cette évidence que cet artiste est là, à la bonne place, au bon moment. Nous en devenons convaincus car, en effet, son travail est intéressant, il est en recherche et cette exposition nous en montrait une étape. Je n’en parlerai pas plus car l’expo est terminée mais allez en toute confiance dans ce lieu des possibles, vous y serez certainement étonnés.Annika LARSSON sera la prochaine artiste.

cosmicgalerie 7-9 rue de l’Equerre – Paris 19ème


Poursuivons avec la Générale, mais parlons d’abord du lieu qui, à la suite d’un rachat par la caisse des Dépôts, serait sur le point de fermer si des accords et subventions ne sont pas trouvés. Oui en effet il faut les aider, ce lieu est un vrai laboratoire de recherche où un collectif d’artistes crée, décide, gère et se frotte à la rude tâche de commissaire d’exposition –ils n’exposent pas forcément leur travaux- En cela ils sont admirablement encouragés par celui qui avait été à l’origine du must de l’art contemporain parisien, le plateau dont il fut le directeur pendant trois ans, Eric Corne. C’est un homme profond, portant un regard sur l’art contemporain à la fois extérieur et intérieur –il est artiste-. Il revendique ce double rôle à la manière des anglo-saxons chez qui les artistes sont souvent aussi sollicités comme commissaires d’exposition. S’obliger à porter un regard sur autrui, fixer son propos, permet d’avancer soi-même, inscrit une dynamique. C’est une partie du propos d’Eric Corne, une partie seulement car l’homme est aiguisé par une réflexion dense, pertinente, en marche.

Mais il engage son propos dans l’action, celle qui laisse des traces, ne laisse pas indifférent. Ce jour-ci, sa personne toute entière donnait du sens à l’exposition, à ce regard sur “la peinture qui, dit-il est un espace de projection mentale”. Véritable clin d’oeil au “triumph of painting I, II et III” de Saatchi à Londres (?), le titre de l’exposition “voir en peinture/two” fait donc suite au I… à voir deux très belles toiles de Olivier Masmontief, paysages reconstitués en un seul, quatre portraits étranges de Katharina Ziemke, Bruno Perrament, l’univers fort dont on sent un potentiel énorme de Damien Deroubaix, les fascinants points en cercle de Marie Lepetit, l’exigence de Thu Van Tran, et les magnifiques toiles de Damien Cadio.

la générale 14, rue du Général Lasalle – Paris 19ème
Si vous souhaitez les aider cliquez sur : souscription à la générale

Tout à côté –même problème d’expulsion possible- un autre collectif d’artistes &NBSP, qui s’exposent et exposent les autres autour de problématiques. Cette fois-ci une réflexion sur l’habitat et la standardisation de la société Européenne. On sent que ça bouillonne…

&NBSP 12, rue du Général Lasalle – Paris 19ème

Dans le 20ème arrondissement maintenant la Galerie de Jocelyn Wolff. Cet homme est exigeant dans ses choix, ses concepts, avec un vrai regard sur son rôle et son travail. Il exposait des artistes aussi divers que Miriam Cahn, Gregory forstner, Djordje Ozbolt et Alun Williams, mais c’était le dernier jour…La aussi en toute confiance allez voir sa prochaine expo qui sera une pièce de Julius Popp “BITT.FLOW”

Galerie Jocelyn Wolff 78, rue Julien Lacroix Paris 20ème

Quelques rues plus loin, nous nous approchons d’un bâtiment style “ex RDA”, le hall d’entrée est neutre, non pas lugubre mais neutre, sans âme, nous grimpons jusqu’au 5ème étage pour nous retrouver au milieu de nulle part cernés par des dizaines de portes dans un corridor sans vie. Imperceptiblement, malgré nous, dans ce no man’s land, notre œil se lave de tout ce qu’il a vu avant et nous arrivons l’œil frais et neuf aux portes de la galerie. En pénétrant l’on devient prêt à tout. L’accueil de Grégoire Maisonneuve est chaleureux. Il nous invite à voir la vidéo d’une artiste américaine Kerry Tribe, Here & Elsewhere, et nous expliquer après. Le confort est parfait pour être disponible au visionnage et là, le choc se produit, la vidéo est magnifique. Une fillette de dix ans, visage en gros plan, assise probablement dans un lieu familier mais ce n’est pas important, répond aux questions d’une voix off masculine -qui se trouve être son père- les questions sont de l’ordre de l’intime et les réponses de la jeune fille sont d’une profondeur, d’une justesse que beaucoup d’adultes n’auront jamais. Au delà de l’éblouissante prestation de la fillette un phénomène étrange se produit : chaque question, préparée par la vidéaste et destinée à la jeune fille engendre une réponse dont le sens tout entier peut être transposé aux diverses problématiques de l’Art : le temps, la représentation de soi, l’image et d’autres domaines encore que je n’ai pas notés tant j’étais fascinée par le mécanisme, vraiment bouleversant. Là aussi on peut apprécier l’exigence de Marc Maisonneuve.

Galerie Maisonneuve 24-32, rue des Amandiers – Paris 20ème
Du mardi au samedi de 14h à 19h

Inutile de vous convaincre d’avantage d’aller de toute urgence faire un petit tour du côté de l’Est Parisien n’est-ce pas ? vos neurones en sortiront régénérées…

Béatrice Chassepot, Paris, octobre 2005

n’oubliez pas les autres lieux dont je n’ai pas parlés, comme le plateau par exemple. Pour le plan des lieux d’art contemporain de l’Est Parisien : cliquez

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