Tetsumi KUDO à la Maison Rouge

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 18 février – 13 mai 2007
à la Maison Rouge
Commissaire d’exposition, Anne Tronche

Si vous ne deviez voir qu’une exposition à Paris, en ce moment, je vous conseille sans hésitation la rétrospective de la commissaire Anne Tronche, sur le Japonais Testsumi KUDO, à la Maison Rouge.

A partir d’Hiroshima, l’histoire de la vie n’a pas changé de sens pour les hommes, elle a perdu son sens….“Pierre Restany extrait, p.38, de “la montagne que nous cherchons est dans la serre” de Anne Tronche éditions Fage”Touchée au coeur” sans passer par la case compréhension, c’est la première sensation fulgurante qui m’a envahie et qui persiste quelques semaines après.

 

IMG/flv/kudo.flvVideo courtesy La Maison Rouge

C’est bien volontiers que je fais une entorse aux règles de be-Art de n’évoquer que des artistes “vivants” mais le parcours absolument remarquable de Anne Tronche, elle bien vivante, met en lumière l’extrême contemporanéité universelle de ce magnifique artiste.

J’ai remarqué qu’il est assez “casse gueule” de proposer des rétrospectives d’installations conceptuelles. Elles apparaissent soit datées – ex Tony Oursler au Jeu de Paume, soit techniquement dépassées -ex : les néons de Dan Flavin au Musée d’Art Moderne de Paris.

Ici, la proposition artistique de Kudo est tellement intime, brute, qu’elle nous touche au coeur des années plus tard, devenant de fait universelle. Le passage du temps sur l’oeuvre de Kudo, l’embellit, lui donne probablement une dimension supérieure, que peut-être, Anne Tronche dont on sent qu’elle connaît les moindres tréfonds de l’artiste, ne soupçonnait peut-être même pas.

Le chemin qu’elle nous propose est comme une évidence, il suit les tourments du créateur, jusqu’à sa fin.

Il débute par la révélation majeure de Kudo “l’impuissance universelle”. Des chrysalides/pénis emmaillotés de tissu noir pendent au plafond et tapissent toute la première pièce du prarcours. Un peu mou mais tenu, envahissant mais pas turgescent, le sexe masculin est là dans tout son paradoxe, tout puissant mais bien impuissant à la fois. “Nous sommes enracinnés sur terre par notre sexe” nous dit Kudo. Il crée la vie mais la mort aussi. Thème qui a hanté bien des philosophies et continuera tant que la terre tournera.

Mais ce thème permanent, presque bateau, est vécu par Kudo comme une révolte, comme un manifeste politique qui le rend hyperactif, violent, cynique, d’une rare clairvoyance sur le monde. L’exprimer est un moyen de survivre. La création est une respiration sans quoi il s’asphyxierait, mais plus il montre, démontre, exprime, plus il devient clairvoyant et s’étouffe encore plus.

L’autre grand thème est celui de la métamorphose de la chrysalide, belle métaphore pour nous mêmes. La chrysalide se métamorphose inéluctablement mais peut créer horreur ou beauté. Là aussi ce thème que nous ressentons tous un jour ou l’autre, Kudo en fait un acte puissant qui devient un manifeste “ma conscience apolitique guidait mon action” nous dit Kudo.

Un salle noire met en scène des éléments estivaux, un parasol, une table basse, des verres, et des transats aux couleurs fluo sur lesquels sèchent des vêtements et des mains décharnées, des résidus d’humanité. On lève les yeux, en vain, en cherchant les âmes qui flotteraient.

Un peu plus loin il nous embarque dans sa longue série de portraits qu’il appellera “your portrait” ou “votre portrait” composés de morceaux de nous mêmes : yeux, doigts, nez poilu, sexes, objets divers dégoulinants. Le tout est un miroir sans concession de ce que nous faisons de nous mêmes.

Votre portrait, Tetsumi Kudo 1970 / 74 35 x 45 x 27 cm courtesy Galerie Albert Benamou

 

Un autre sublime espace propose “Grafted garden”. Sur la terre nourricière terre des fleurs sont à moitié fanées et dégoulinent parce qu’elles ont fondu. La fleur est stoppée net dans sa beauté et des membres humains arrachés par l’explosion se transforment en branches d’arbres.

Pollution – cultivation – nouvelle – écologie, 1971/72 59 x 35,5 x 48 cm courtesy Galerie Albert Benamou

 

Pour finir l’artiste, au soir de sa vie, nous propose un être humain faits de fils de couleurs qui s’effilochent avec des crânes à même le sol et un parapluis tient par des fils des “testicules” qui s’envolent, c’est la fin.

Un petit cercueil couvert d’herbe et de fleurs termine le parcours, la vie recommence et les mêmes questions se reposeront.

Toute la description est terrible bien sûr, mais cette installation mélange étrangement la mort et la survie à tout prix et bizarrement ce n’est pas le morbide ou le dégoût qui dominent mais une insondable fascination poétique.

Merci à Madame Tronche de faire revivre ce magnifique poète. Béatrice Chassepot,
Paris, le 14 avril 2007

Indispensable de vous procurer à la Maison Rouge l’ouvrage de Anne Tronche “Tetsumi Kudo, la montagne que nous cherchons est dans la serre” 20€ / Fages éditions

Ne pas rater le documentaire sur Kudo, à peu près 20mn
Archives ici : https://archives.lamaisonrouge.org/spip.php?article235&date=archives 

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